Château Saint Félix

Nov 5, 2021Nouveau, Patrimoine0 commentaires

Le château de Saint Félix

 

Malemort était la seigneurie des évêques de Carpentras, fief qu’ils gardèrent jusqu’à la révolution. Ils établirent leur résidence de campagne au château de St Félix, dont la chapelle était dédiée au pape Saint Félix.

Situé à un kilomètre au sud du village, au pied de la colline de la Gardy, ce château compte sans doute parmi les constructions les plus anciennes de la commune.

La partie est, la plus ancienne, date probablement des XIIème et XIIIème siècles. Elle est citée pour la première fois dans le cartulaire de l’Évêque de Carpentras à la date du 11 Janvier 1159 (restitution faite par le Comte de Narbonne à l’évêque de Carpentras).

Au XIIIème siècle, l’évêque Guillaume Béroard orna cette demeure et la dota d’eau.

Tous ses successeurs aimèrent cette demeure champêtre, s’y rendirent fréquemment et ne cessèrent jamais de l’embellir.

 

Carte de Cassini de Malemort du Comtat

 

 

Le château de Saint Félix figure également sur la carte Cassini vers la fin du XVIIème, ainsi que dans le livre Rouge des comtes de Toulouse (1253). On peut voir que la façade de la partie est a été restaurée dans l’architecture de la fin du Moyen-Âge par l’un des propriétaires.

L’édifice primitif était complété de bâtiments de ferme. Á la fin du XVIIème siècle, l’ensemble menaçait de tomber en ruine lorsque Monseigneur BUTI (1691 – 1710) en entreprit la reconstruction.

Dans une déclaration sur l’état des réparations faites par cet évêque de Carpentras, il est mentionné que le château ou grange appartenant à l’Evêché de Carpentras , « n’est plus qu’une ruine habitable par un rentier ( ou locataire) ».

Dans le même manuscrit, figure à la date du 29 mars 1712 le devis des réparations établi par messieurs Laurent-Antoine BEGUE et Thomas ROYERE.

Ce devis de huit pages, descriptif et estimatif, donne le détail de toutes les réparations : portails, fontaines, voûtes, jas à brebis, fromagière, escaliers, fougagno ( cuisine), étables, corridors, jeu de paume, chambres, basse-cour et jardins, ainsi que chapelle et sacristie, pour un montant de 2,139 Livres, plus 4000 tuiles.

Ces travaux ne seront réalisés que par son successeur Monseigneur ABBATI (1710- 1735), et surtout par Monseigneur d’INGUIMBERT, évêque de  Carpentras de 1735 à 1757 qui fit construire la partie centrale et l’aile est. Dans la partie centrale notamment, l’escalier principal à double volée semi-circulaire conduisait au premier étage ; il rappelle celui de l’hôpital de Carpentras. L’aile gauche fut construite par Balthazard BENOIT, maçon de Malemort.

 
Château épiscopal de Saint Félix

 

En 1736 est recensé l’inventaire des meubles et biens, par Mrg d’INGUIMBERT.

Le manuscrit 1187 de la bibliothèque Inguimbertine, donnant la description historique de chaque ville et village du Comtat, mentionne à plusieurs reprises Saint Félix, ainsi que les réparations effectuées par Monseigneur ABBATI et ses successeurs.

Il stipule également que Monseigneur SADOLET y avait fondé une retraite annuelle de huit jours pour les curés et desservants de son diocèse, et qu’il y recevait des personnages du plus haut rang.

Il est indiqué, entre autres, que « C’est là qu’ABBATTI allait passer une partie de l’été, pendant le temps de la chasse à la chouette, exercice qui paraît-il lui plaisait beaucoup ».

C’est dans ce même manuscrit que l’on trouve l’anecdote suivante sous le titre « Château épiscopal de Saint Félix ».

« Il y avait avant la révolution de 1789, dans les jardins de ce château, appartenant aux Évêques de Carpentras, un if magnifique, qui était si vigoureux et si élevé qu’il formait par la taille judicieuse qu’on lui avait fait subir, une sorte de trône, auquel l’Evêque arrivait en montant des gradins façonnés à même l’arbre,  consolidés avec du fil de fer, et recouverts ( ?) de tapis. Au sommet, taillé en forme de coupole était aménagée dans les branches de l’if et à hauteur de 10 à 12 mètres au-dessus du sol, une espèce de fauteuil, où le prélat s’asseyait, et d’où il pouvait voir le village à ses pieds. »

En 1793, cet arbre ainsi que le reste du jardin et le château furent détruits par le feu allumé par les vandales de l’époque.

 

Á l’époque de la révolution

 

Dans le dénombrement des terres du château établi en 1771, parmi les diverses parcelles citées avec leur contenance en saumées, éminées, et leur nature, vigne, pré, etc… figure à l’article 6 :

« Une autre terre située au-dessous du chemin de Venasque à Blauvac, et ayant au couchant le chemin de St Félix à Malemort, contenance environ onze saumées dont deux en pré, laquelle terre est d’ancienne acquisition, dans laquelle Monseigneur DE VIGNOLI a fait construire un bassin, et où il  a fait conduire l’eau d’une fontaine qui se  trouvait dans cette terre pour l’irrigation du pré, et sur laquelle il a fait construire  un pavillon et un colombier au-dessus en l’année 1766, le tout a coûté la somme de 2,415 livres 2s,4d. »

Les terres étaient « arrentées », et parmi les fermiers l’on trouve la famille BOY, puis au 16 janvier 1781 les frères François et Joseph CHAUMARD, « ménagers ».

A l’époque de la révolution, le bâtiment et les terres sont mis sous séquestre pour éviter le pillage en 1791 au moment du deuxième siège de Carpentras.

Ils furent vendus comme biens nationaux en 1793 à un dénommé CASSAN. A la mort de ce dernier en 1806, la plus grande partie du bâtiment est démolie, et il est vendu à plusieurs propriétaires : l’aile ouest à BOY et la partie centrale à Maître JULLIAN, avocat à Nîmes ; NEYRON est acquéreur de la partie Ouest.

C’est sans doute à Maître JULLIAN qu’il faut attribuer les trois tableaux superposés représentant de bas en haut les Arènes, le Jardin de la Fontaine, (créé au XVIIIème siècle) et la Tour Magne qui sont dans l ‘oratoire à la Vierge au bout du jardin.

Le château est ensuite devenu propriété de sainte Garde, mention en étant faite dans la revue des bibliothèques Paroissiales du diocèse d’Avignon, le 20 avril 1878 ( N°16), qui cite la lettre adressée par l’Archevêché à Monsieur l’Abbé BERNARD, supérieur de Sainte Garde.

En 1903, lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le château est morcelé et vendu à plusieurs propriétaires.

Le château de Saint Félix a perdu jusqu’à son décor extérieur ; il reste peu de choses des jardins, plus rien des galeries, des terrasses, des pièces d’apparat ; un bloc d’habitations rurales a remplacé la résidence somptueuse embellie durant six siècles et portée à la perfection par Mgr d’INGUIMBERT ;

Le château à son apogée de beauté 

 

Il est noté ( livre Mrg d’INGUIMBERT par R.CAILLET)

« Le grand escalier conduisait au premier étage ; des vestibules et des galeries desservaient  

plusieurs salons, une salle de billard, la chapelle assez vaste pour contenir cinq autels, plus de vingt chambres dont plusieurs richement meublées, une bibliothèque et une orangerie. Au midi de ces bâtiments s’étendait le jardin clos, en partie consacrée à la culture potagère et fruitière. Le reste aux parterres en terrasses agrémentées d’orangers en caisses, de grands vases décoratifs, de jets d’eau et de cabinets de charmille. Ces jardins à la française, où se dressaient aussi des pavillons, se prolongeaient au midi par des allées à travers le vignoble et l’oliveraie. »

Subsistent actuellement la cour, le portail monumental d’entrée dans la cour, l’escalier intérieur réalisé sur le modèle de celui de l’hôpital ( Hôtel Dieu ) de Carpentras par Monseigneur d’INGUIMBERT  et, en sous-sol, cuisines, dépendances, cuves à vin, fours.

L’oratoire dédié à « la Vierge au serpent » existe toujours dans le jardin ainsi que le colombier désaffecté et menacé de tomber en ruines.

La chapelle dédiée à Saint Félix pape et martyr était prolongée au levant par un cimetière. Disparue lors de l’époque révolutionnaire, il n’en subsisterait que le maître-autel conservé dans les dépendances du château.

Ces renseignements sont dus en partie aux recherches (sur Malemort ) de Monsieur FAYOT, à Monsieur et Madame Jean VEYRIER ( propriétaires d’une partie du château). Texte de Léon GASSIN et livre de Mgr d’INGUIMBERT. – R,CAILLET- 1952.

 

 

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