La Fabrique – Filature de soie de Malemort

Fév 16, 2022Les industries, Nouveau0 commentaires

La production de la soie a marqué les paysages comtadins par la plantation de mûriers. Sous Napoléon Ier, notre campagne s’est couverte de mûriers blancs et l’élevage du ver à soie s’est généralisé dans toutes les familles de nos villages, grâce à un jardinier François Le Traucat qui établit près de Nîmes d’importantes pépinières de mûriers blancs.

À Malemort, notre boulevard Félix Gras, s’appelait « Sous les mûriers » comme l’attestent les anciens actes notariés et l’usage encore présent chez les anciens du village : le long des douves des remparts, (pas encore de maisons, de bitume, de trottoirs) étaient plantés des mûriers. Dans notre village, des mûriers, il s’en plantait le long des ruisseaux, en bordure des champs, pour délimiter une parcelle, dans les quartiers des Combes, des Pra-marri, quartiers particulièrement humides car le mûrier aime l’eau. Il existait un véritable commerce de feuilles de mûriers sur les marchés locaux, beaucoup de familles pratiquant la sériciculture.

 

À Malemort, les feuilles commençaient à pousser vers la mi-avril et étaient cueillies jusqu’à l’arrêt de la végétation vers la mi-octobre. L’élevage ou « éducation » du ver à soie ou « magnan » qui signifie manger, était en fait un complément de revenus pour les familles car les enfants et les personnes âgées pouvaient s’en occuper. Dans les remises ou greniers de beaucoup de maisons malemortaises, on trouve d’anciennes installations des claies ou « canisses », rectangles en bois de 3mx1m environ dont le fond est un habile tissage de lamelles de cannes. Elles servaient à étaler et élever le ver à soie.

Le ver à soie n’est pas un ver, mais la forme larvaire (chenille) d’un papillon appelé le bombyx du mûrier. Ses œufs, ou « graines » arrivaient dans le commerce dans des boîtes dîtes « à courant d’air », fabriquées par la cartonnerie de Valréas. Après son achat, l’éleveur déposait les œufs sur un lit de feuilles de mûrier. Après éclosion, la chenille qui a un gros appétit subit au cours de sa vie 4 mues. Après la 4ème mue, l’éleveur procédait à « l’encabanage ». Cette opération consiste à déposer des rameaux de genêts ou d’oliviers pour permettre aux vers de monter afin de former un cocon où il s’enferme et se transforme en chrysalide. Les cocons étaient ensuite enlevés et vendus au poids chez un commerçant. Les cocons arrivaient dans une usine où ils subissent quatre phases : la filature, le moulinage, la teinture et le tissage.

Le travail dans la filature : Dès leur arrivée, les cocons étaient enfermés dans une étuve traversée par un courant d’air chaud à 80° qui tuait la chrysalide. (Certaines familles faisaient cette opération à domicile.)

-Ensuite les cocons étaient mis à macérer dans de l’eau chaude, opération qui avait pour but de ramollir la soie et de décoller le fil très fin.

– On dévidait plusieurs cocons dont on unissait les brins par une légère torsion. Le fil obtenu de 1000m à 2000m de long était appelé « la soie grège ». Les bobines de soie grège étaient vendues à d’autres industriels pour la teinture et le tissage. Dans notre fabrique, l’eau était puisée dans un puits qui se trouve encore à l’extrémité du jardin. L’énergie était fournie par une machine à vapeur.

 

 

                                          Photo de 1882 du personnel de la filature

Au XIXe siècle, « La Fabrique » est le nom usuel donné à la filature de Malemort. Comme dans beaucoup de filatures de la région, le travail était confié uniquement à des femmes et des enfants. Les femmes qui n’étaient pas du village étaient logées en pension dans la maison d’habitation. Le seul homme était le responsable du cheval de la filature. La cloche , encore accrochée sous les tuiles de la façade de la maison, est l’unique vestige de la filature. C’était la pointeuse de l’époque…

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